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 Nouvelles du 21 Novembre 2012

22/11/2012

 

Le leader du GREH plaide en faveur de l’implication de toutes les forces vives du pays pour résoudre la crise née de la formation du CEP

 

Gonaïves, 21 Novembre 2012 –(AAP)- Le leader du parti « Grand Rassemblement pour l'Evolution d'Haïti (GREH) », Marc-Elie Nelson, a plaidé mercredi en faveur de l’implication de tous les secteurs de la vie nationale dans les discussions engagées par l’Exécutif en vue de trouver une issue à la crise engendrée par la formation du Conseil Electoral Permanent (CEP).

 

Marc-Elie Nelson qui était de passage dans la cité de l’indépendance à indiqué qu’il est impossible d’espérer une sortie heureuse à cette crise si les autorités ne font rien pour élargir le cadre des discussions.

 

Il invite le président de la république, Michel Joseph Martelly, à changer de formule en vue de la réalisation des élections législatives, municipales et locales dans le pays.
AAP, 21 Novembre 2012

 

Gonaïves – Petite Rivière Bayonnais

Près d’un million de gourdes gaspillées dans un projet fictif

De la ville des Gonaïves à la Petite Rivière Bayonnais, 3e section communale, il faut mettre plus d’une 1h45 mn. D’abord, une petite camionnette en direction de Mapou Chevalier (environ 20 mn au nord de la commune). Et, de là, une motocyclette pour le reste d’un trajet dure environ 1h30 mm.

Avec près 70 000 habitants, la Petite Rivière Bayonnais est considérée comme l’une des plus importantes populations électorales de la commune des Gonaïves. Dépourvus de presque tout, les gens vivent de l’agriculture et de l’élevage. Pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de lycée, ni d’école professionnelle, pas même un poste de police. Il y existe cinq écoles publiques. Deux d’entre elles fonctionnent sans professeurs. Un seul dispensaire avec un auxiliaire dessert toute la population.

L’une des rares infrastructures – un marché public - que devrait disposer cette zone depuis 2007 n’a jamais vu le jour. Plus de 850 000 gourdes du trésor public, destinées à la construction dudit marché, ont été volatilisées. Chacun des principaux acteurs se rejettent la responsabilité. Entre-temps, les cultivateurs et marchands qui exposent leurs récoltes et produits à même le sol attendent depuis quatre ans la finalisation du projet.

Un projet sans plan ni appel d’offre

Tout a commencé en 2007, quand le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, a débloqué un montant 700 000 gourdes au profit de chaque commune. Le montant alloué aux Gonaïves était à la charge du député d’alors, Arsène Dieujuste.

Une belle occasion pour le parlementaire de satisfaire certaines de ses promesses de campagne. De concert avec le maire de la ville à l’époque, Stéphen « Topa » Moïse (décédé), l’ex-député Arsène Dieujuste a décidé d’affecter les 700 000 gourdes à deux projets distincts. Une tranche de 500 000 gourdes était allouée à la construction d’un marché public à la Petite Rivière Bayonnais et les 200 000 gourdes restant au forage d’un puits artésien pour une autre section communale.

Aussi, sur la demande du l’ex-parlementaire, la mairie des Gonaïves, à l’époque, a fait appel à la firme de construction « Ranody et Associés Construction », dont le propriétaire n’est autre que Ravel Norgaisse Lundy. Celui-ci, à l’époque, travaillait comme ingénieur municipal au sein de l’hôtel de ville. Sans aucun plan, pour démarrer les travaux un premier montant de 500 000 gourdes est déposé sur le compte de la compagnie en question.

« Les choses se faisaient dans le désordre. Il n’y avait ni appel d’offre ni contrat. Quand j’ai demandé à l’ingénieur Ravel de me présenter le plan, il m’a répondu qu’il n’y en a pas. Il m’a juste fait un croquis. Pourvu que le projet se réalise au bénéfice de la communauté, j’ai accepté de mettre le terrain à sa disposition » s’est plaint le coordonnateur du Conseil d’administration de la section communale (Casec), Jacques Bélony, tenu au départ à l’écart.


De confusion en confusion

Le chantier une fois démarré et devant l’ampleur des travaux, Ravel Norgaisse Lundy a dit avoir contacté l’ex-député Arsène Dieujuste pour l’informer que les 500 000 gourdes déposées sur le compte de sa firme de construction ne répondaient pas aux exigences de l’exécution du projet.

Pour évaluer les travaux et calmer la communauté qui s’inquiétait sur la viabilité de l’ouvrage, l’ex-parlementaire et quelques membres de la société civile s’étaient rendus sur les lieux. Au cours de sa rencontre avec la population, il avait promis de convaincre le feu Moise d’allouer au projet les autres 200.000.00 gourdes consacrées au forage du puits. Le maire avait accepté la proposition. « Moi et M. Moise avions fait le cheque et l’avions remis au coordonateur du Casec » a-t-il soutenu. Information démentie par Jacques Bélony. « Si Arsène est conscient de ce qu’il dit, qu’il avance des preuves ! » a-t-il lancé.

« Quand Ravel m’a appelé pour me dire qu’il est en difficulté, j’ai dû faire un retrait de 75 000 gourdes sur mon compte bancaire et l’injecter dans les travaux » a indiqué d’un autre côté Arsène Dieujuste. Par contre, une déclaration de Ravel Norgaisse Lundy laisse présager que ce déboursement ne pourrait autre qu’une simple formalité de remboursement. « Arsène m’a dit que lui et Topa ont pris respectivement 75 000 et 125 000 gourdes ».
Trois rapports sont disponibles sur la construction du marché public de la Petite Rivière Bayonnais. Deux de l’ingénieur Ravel Norgaisse Lundy et un autre du coordonnateur du Casec de Bayonnais, Jacques Bélony. Aucun d’entre eux ne permet pas d’établir la vérité sur cette affaire.


En mars 2008, le Casec de Bayonnais a présenté au ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales un projet sollicitant 513 950 gourdes en vue de la finition de la construction du marché. Sur la lettre de couverture, lit-on, « vu et approuvé par Dieujuste Arsène député des Gonaïves », avec un paraphe ressemblant à celui de l’ex-parlementaire. L’ex-membre de la 48e législature dément avoir apposée sa signature sur quelconque document. Il a crié faussaire.

Suite à cette requête, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales a émis le 8 mai 2008 au nom de Jacques Bélony un chèque de 200 000 gourdes. Le 7 juillet, Jacques Bélony a effectué un dépôt de 184 000 gourdes sur le compte de Ranody & Associés Construction.

Dans un rapport en date du 6 septembre 2008, Jacques Bélony a présenté un ensemble d’achats effectués au comptant et à crédit dans le cadre de la construction du marché public. Mais aucun chiffre sur les montants dépensé et à payer. La copie d’un chèque de Ranody & Associés Construction à Jacques Bélony d’une valeur de 55 250 gourdes est annexée aux documents fournis par le coordonateur du Casec. Pas de détails sur l’utilisation de cette somme. Sauf, une petite note au bas du chèque indiquant 1 000 gourdes pour alimentation d’eau.

« En octobre 2007, sur demande du député Arsène Dieujuste la Mairie des Gonaïves un contrat a été passé avec la firme Ranody & Associés Construction pour la construction d’un hangar dans la section communale de bayonnais », lit-on dans le premier rapport de l’ingénieur Ravel Norgaisse Lundy datant du 9 mars 2008. Ce contrat n’a pu être consulté en dépit des multiples démarches.

« Avec le support du coordonateur de la section le Casec Bélony Jacques la participation de la communauté a été acquise pour la fourniture d’une partie des matériaux. Ainsi, les phases 1 et 2 ont été achevées complètement, le point 3 qui consiste à la finition des travaux de maçonnerie est cours et le point quatre, mise en place de la toiture reste à finaliser », indique le rapport. Pourtant, selon un constat fait le 27 septembre 2012, lors d’une visite de terrain, seule la maçonnerie de fondation a été finalisée.

Il faut signaler que ce rapport a été signé par l’ingénieur Ravel Norgaisse Lundy, approuvé par le maire Stephen Moïse et vu par Arsène Dieujuste. Dans ce document, les travaux devaient coûter 1 221 523 gourdes.

Le 7 octobre 2009, dans un nouveau rapport au bureau du député Arsène Dieujuste, Ravel Norgaisse Lundy a estimé que les travaux de construction du marché public à la Petite Rivière de Bayonnais devraient couter 2 120 442.80 gourdes. Une nouvelle estimation du cout des travaux, par rapport à celle présenté le 9 mars 2008.

Dans ce nouveau rapport, la firme Ranody et Associés Construction a noté 759 000 gourdes, comme montant disponible pour la réalisation des travaux. Des dépenses de l’ordre de 739 882.40 gourdes ont été effectuées. Avec une balance de 19 117.20 gourdes entre les mains de Ranody. 1 370 482.80 est la valeur nécessaire pour l’achèvement des travaux ».

« Pour la population bénéficiaire du marché et pour les autorités compétentes engageant dans la réalisation du dit projet, la Ranody déclare qu’elle n’a jamais reçu ou endossé aucun chèque alloué à cet ouvrage. Attachés sont les photos justifiant l’état inachevé du marché de Bayonnais contrairement au rapport du bureau des députés relatant l’achèvement de ce dernier », Note Ranody & associés construction dans le rapport du 7 octobre 2009.

Quatre ans après le démarrage, sur place à Petite Rivière Bayonnais, il n’y a que les travaux de maçonnerie de fondation qui sont constaté. Aucun signe d’un possible redémarrage des travaux. Près d’un million de gourdes du trésor public gaspillés dans un projet de marché public, pour le moins qu’on puisse dire, fictif. Sous un soleil de plomb, les cultivateurs et marchands continuent à étaler leurs récoltes et marchandises à même le sol.

Jodherson Cadet, Agence artibotienne de presse (AAP)
Cet article est produit grâce au financement du Fonds pour le journalisme d’investigation en Haïti (FIJH)

 

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